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"Commençons donc, en matière de danse, par un mouvement. Imaginez que nous sommes en train de bouger. Nous ne sommes pas seulement situés là où nous nous tenons (sur une chaise, sur le sol, sur un lit) : nous sommes en excès par rapport à notre propre position, débordant de la place que nous occupons. Nous sommes entre-deux : entre ici, où nous nous reposons, et là-bas, où nous allons (un lieu que nous percevons, ou auquel nous nous rapportons). Lorsque nous commençons à nous déplacer dans l’espace, la tension qui étire notre corps-esprit dans l’entre-deux des choses se manifeste." E.Bigé

Affects

Dans La première relation et surtout dans Le monde interpersonnel du nourrisson, Daniel Stern développe le concept d’« accordage » qui lui permet de décrire des échanges parents-enfants dont la fonction est, non pas certes l’échange de contenus verbaux de pensées (on imagine d’ailleurs difficilement ce que cela pourrait vouloir dire qu’un adulte et un nourrisson « pensent » verbalement la même chose), mais plutôt le partage de tonalités affectives. Ces tonalités affectives sont—comme le vocabulaire musical auquel Stern emprunte l’indique—des mélodies gestuelles ou vocales, des rythmes, des dynamiques. Elles existent sur un plan que Stern appelle « amodal », plan qui lui permet d’expliquer comment, par exemple, les parents accompagnent les gestes du nourrisson en sons ou inversement comment le nourrisson vocalise les gestes du parent : il n’y a pas là imitation ou traduction, mais habitation d’un monde dynamique commun qui existe en deçà de la distinction entre sonore et gestuel. Amodaux, les affects sont en deçà de la division des sens entre eux, en deçà de la localisation des sensations dans des organes des sens ou du geste dans des organes moteurs spécialisés : c’est tout le corps qui est concerné par ces affects, d’une manière non-localisée, sous la forme de variations du tonus musculaire, dont les deux pôles primordiaux sont la contraction (hypertonicité, quand le bébé a faim par exemple) et le relâchement (hypotonicité, dans la satiété).
Ces affects amodaux, Stern les baptise du nom d’« affects de vitalité » (vitality affects) pour les distinguer de ce qu’on appelle généralement affect, à savoir des émotions ou des sentiments déjà catégorisés, comme la joie, la tristesse, la colère, la peur, le dégoût, la surprise, l’intérêt…
« Par exemple, une “explosion” (rush) de colère ou de joie, l’expérience d’être inondé de lumière, l’accélération d’une séquence de pensées, une vague incommensurable de sentiment évoquée par de la musique, et une prise de narcotique peuvent tous être ressentis comme des ‘‘explosions’’. (…) La qualité ressentie de chacun de ces changements similaires est ce que j’appelle l’affect de vitalité d’une ‘‘explosion’’. »

Emma Bigé "Le partage du mouvement"

Une philosophie des gestes avec le Contact Improvisation