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"Commençons donc, en matière de danse, par un mouvement. Imaginez que nous sommes en train de bouger. Nous ne sommes pas seulement situés là où nous nous tenons (sur une chaise, sur le sol, sur un lit) : nous sommes en excès par rapport à notre propre position, débordant de la place que nous occupons. Nous sommes entre-deux : entre ici, où nous nous reposons, et là-bas, où nous allons (un lieu que nous percevons, ou auquel nous nous rapportons). Lorsque nous commençons à nous déplacer dans l’espace, la tension qui étire notre corps-esprit dans l’entre-deux des choses se manifeste." E.Bigé

expressivité

Je peux au moins noter un fait qui continue de me frapper : c’est le fait que les muscles qui ont pour fonction, à l’âge adulte, de « gérer » la gravité, sont les mêmes muscles qui, chez le nourrisson, ont pour fonction de gérer la relation à l’autre. Autrement dit, le dispositif musculaire et neurologique qui nous permet de « faire avec la gravité » a pour premier usage, non pas de nous permettre de nous tenir debout (ce que ne fait pas le nourrisson avant longtemps), mais de nous exprimer. Voilà le paradoxe : l’appareil moteur qui nous servira, debout, à composer avec la gravité, est d’abord entraîné par une toute autre négociation, celle de l’accordage affectif du nourrisson avec ses proches. De cette manière, il y a ainsi indissociabilité entre notre manière propre de négocier avec la gravité et notre expressivité.
Avec la question de la gravité, on affronte donc d’emblée une question fondamentale : comment sortir du même ? Comment ne pas se répéter ? Une réponse possible : pour sortir du même, on ne peut pas se cantonner à éviter de reproduire les mêmes figures ; pour sortir du même, il faut aller questionner notre rapport à la toile de fond gravitaire d’où ses figures se détachent.
En effet, qu’est-ce qui fait notre habitus ? qu’est-ce qui fait notre propension à faire ceci plutôt que cela ? On a beaucoup travaillé, dans les sciences sociales, sur l’habitus, mais on s’est rarement posé la question de son incarnation : où sont conservées nos tendances motrices ? Hé bien, je crois qu’il faut dire que c’est dans la relation à la gravité que nos habitudes s’incarnent.

H.Godard dans "Mouvementements" de Emma Bigé